Hier soir, j’ai passé 2h en visio avec un pote qui vit à Lyon. On a rien fait de spécial. On a juste laissé l’appel ouvert pendant qu’il cuisinait et que je pliais du linge. Et je me suis dit : franchement, y’a dix ans, on aurait jamais fait ça. On aurait échangé trois SMS et basta.
Le truc, c’est que Zoom fête ses 15 ans cette année. 15 ans. Ca paraît dingue quand on y pense, parce que jusqu’en 2020 personne ou presque n’utilisait ça au quotidien. Aujourd’hui la visio est devenue aussi banale qu’un coup de fil. Ma mère, qui refusait de « faire des trucs avec la caméra », passe maintenant ses dimanches à voir ses petits-enfants en direct. C’est pas rien.
Mais je vais pas vous mentir : y’a aussi le revers. Un rapport récent parlait d’une détox numérique de dix jours qui pourrait presque effacer les effets de dix ans d’exposition intense aux réseaux sociaux sur le cerveau. Dix jours. C’est court, quand on y pense. Et c’est aussi flippant, parce que ça veut dire que le mal est réversible, mais qu’on continue tous à s’infliger la chose tous les jours.

Perso, j’ai testé une semaine sans Insta l’été dernier. Les trois premiers jours c’était bizarre, j’attrapais mon téléphone toutes les cinq minutes sans savoir quoi en faire. Après, tu retrouves une forme de calme mental que t’avais oublié. Un peu comme quand tu quittes une plateforme divertissante — Casino Extra ou n’importe quel autre service pensé pour te retenir — et que tu réalises à quel point c’était pensé pour te garder scotché ; d’ailleurs on trouve un bon résumé de ces mécaniques d’attention à cette adresse pour ceux que le sujet intéresse.
Le Digital News Report 2026 du Reuters Institute sort des chiffres assez fous aussi. Les plateformes ont carrément dépassé les sites et applis des médias eux-mêmes. En clair : les gens s’informent de moins en moins en allant sur un site de journal. Ils tombent sur l’info via TikTok, via un fil algorithmique, via un pote qui partage. Ca change tout dans la façon dont on discute ensuite. Parce que quand on parle d’actu avec des amis, on parle plus tellement du « même » événement, on parle chacun de sa version algorithmique du truc.
Ca donne des dîners un peu chelous.
Côté chiffres français, on est toujours sur des niveaux d’usage massifs. La quasi-totalité des jeunes adultes sont sur au moins un réseau, le temps passé quotidien reste énorme, et le smartphone continue d’être l’objet numéro un dans la relation aux autres. Un ami me racontait qu’il compte le nombre de fois où sa copine et lui se sont dit « attends je te montre » en tendant leur téléphone à table. La soirée d’avant : 14 fois. C’est ça la vraie vie sociale de 2026. On partage plus des écrans que des histoires.
Ce qui me fascine, c’est le paradoxe. Jamais on a été aussi connectés — au sens technique — et jamais autant de gens ne se sont plaints de solitude. Y’a un truc qui coince quelque part. Peut-être qu’on confond « être en lien » et « être notifié ». C’est pas pareil. Recevoir 40 stories d’anniversaire c’est pas recevoir 40 appels.
Mais je veux pas faire mon vieux con qui crache sur le numérique. Parce que très clairement, y’a des trucs qui n’existeraient pas sans lui. Les amitiés à distance qui tiennent la route. Les groupes WhatsApp de famille qui font vivre les cousinades. Les communautés de niche qui permettent à des passionnés de trouver leur tribu (moi ma passion c’est les cartes anciennes, bonne chance pour trouver ça dans ton village).
Le vrai enjeu, je crois, c’est plus de choisir. Choisir quand on décroche. Choisir avec qui on est vraiment présent. Choisir de couper la visio pour prendre le train et aller voir la personne pour de vrai. J’ai un ami qui a instauré une règle simple chez lui : à partir de 20h, plus de téléphone dans le salon. Résultat, ils lisent, ils parlent, ils se font chier parfois aussi. Et c’est pas plus mal.
Moi je vais essayer. À partir de demain. Peut-être. On verra.





